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25 Mai 2013, Ste Sophie
Accueil » note de lecture sur un recueil de PH. Gicquel
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"Homme bleu, ici même", Philippe Gicquel. Gros textes.

Paru dans Pages Insulaires 2008

 Nomade en ses terres, errant en sa ville, explorateur en ses rues, ainsi avance Philippe Gicquel. Voyageur, guetteur, voyeur, les yeux bien ouverts, les oreilles à l'affût, le nez à tous les vents, curieux de tout, de tous. A peine frou-frou d'ailes égaré dans les temps titanesques, tu boulevardes, traînes, déambules sous les crépuscules, et aux pendules qui te tricotent une absurde biographie, tu opposes le simple fait d'exister (...) nonchalante voile en dérive, bohémien, vagabond de visages...

Des aurores claires aux petites heures de la nuit, la ville, la grande ville, sa ville, accrochée à l'estuaire de la Loire, ouverte à toutes les partances, tous les trafics, se mue en une Babel démesurée et changeante, une nef folle en vagabonde.

Hommes, femmes, marchandises, bribes de destins, fragments d'histoires, morceaux de vies, petites combines, hasardeux bricolages, va-et-vient, trajets, traces, détours, solitudes...Hommes, fragile naissain du cosmos, minuscules nomades perdus dans le plancton... Tout est à voir, à prendre, à vendre, à aimer. Flux, flot, rafale, maelström, nous voilà embarqués.

Et ce grotesque-là, pitoyable et claudiquant bouffon dont on s'apprête à rire, n'est-il pas notre propre reflet,  croisé dans un miroir ? Et tous les autres, balourds estropiés bancroches & tout le typhon des dépareillés, fioles-de-haine,faciès-endurcis-de-misère & bobines-de-traîne-vicissitudes....

La très belle préface de Charles Bulting à ce recueil tisse des parentés avec Whitman, Kérouac, Rabelais et Céline. Encombrants anges tutélaires ? Non, cela est bien vu. Pourtant, c'est d'autres compagnonnages qui me viennent à l'esprit, qui me sautent aux yeux plus exactement. Sa Babel tient à la fois d'une bruegelienne kermesse et d'un pandémonium de Jérôme Bosch, effrénée cavalcade de monstres affairés, de gnomes rageurs, de chimères croassantes...Rien d'autre que nous-mêmes et nos semblables.

Que le lecteur prenne son souffle avant d'entrer dans les pages (prose ? poésie ? qu'importe !) de Philippe Gicquel. C'est à une lecture en apnée qu'il s'expose. Il en sortira étrillé, rincé, roulé, essoré, haletant, essoufflé et heureux. L'auteur déploie une langue inventive, colorée, sonore autant que visuelle. Et à tout instant, ça ronronne, ça hurle, glapit, chante, gesticule, vacarme, et, maintes fois, ça chaudronne, casserole, grinche, stridule, couacque et canarde. Le chant du monde ? Davantage sa grande symphonie désaccordée, cacophonique, stridente, palpitante et bancale. Infiniment humaine.

GJ

SOMMAIRE
QUELQUES PHOTOS AU HASARD
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MUSIC TOUCH
UN DE MES TEXTES AU HASARD
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    Billie chante. L’orchestre joue et elle chante avec cet infime temps de retard, ce minuscule décalage rythmique qui donne à la voix jazz son balancement particulier, son swing.
    Elle chante derrière, à la poursuite d’un temps qu’elle ne rattrapera pas. Elle chante sous les instruments, au creux d’un halo sonore qui la précède, l’enveloppe, la protège.
    C’est tout le contraire de l’opéra, où le chanteur est devant, en pleine lumière. En majesté. Glorieux. L’orchestre le suit en dessinant le support harmonique qui le porte sans lui faire d’ombre.
     
    Billie n’a rien à montrer, rien à prouver. Sa voix ne cherche pas l’effet, ne cherche pas à être belle. Elle dit sa vie, avec cette voix-là, parce qu’elle lui a été donnée.
    Elle chante parce qu’elle sait faire et c’est tout. Au creux son clair-obscur, sa voix parle d’elle, murmure combien elle aime, combien elle souffre. Sa lassitude est infinie. Depuis longtemps, elle a posé les armes. Comment ne pas aimer Billie ?

    (extrait de La voix grave des femmes qui chantent Malher, inédit)

      

     

PHOTOS EN DEFILE
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  • " Chaque début d'écriture est un retour à la case départ. Et la case départ, c'est un endroit où l'on se sent très seul. Un endroit où aucun de vos accomplissements passés ne compte. "
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