Metropolis song
écouteuse, voleuse ? comment dit-on pour les voix ? toutes celles qui passent à portée d'oreilles toutes les voix errantes voix dérivantes voix suspendues accrochées en l'air elles sont pour moi c'est ainsi je n'y peux rien elles se croisent se télescopent traversent chahutent je dois avoir un endroit spécial pour les accueillir les garder au chaud
Parfois elles se mettent à parler entre elles sacré bazar dans ma tête ce flot ce flux ces rivages aperçus je leur dis d'arrêter mais elles ne m'écoutent pas j'ai tout essayé pour les ranger dans des boîtes des cartons des caisses sur des étagères rien à faire je ne peux pas leur donner tort après tout une voix c'est fait pour se faire entendre & je m'invite comme ça au bord des vies
Souvent je ne sais plus si c'est dans ma tête ou ailleurs qu'on parle je confonds c'est ça le problème je me suis habituée à vivre avec ces fréquences un peu brouillées éclats de vie en confluences intersections croisements elles prennent leurs aises s'interrompent & s'en retournent sautiller de plus belle
(…)
train de vie
(…) comment portez–vous le temps
qui vous porte (…)
Alain Freixe
Tu marches ta vie apprentissages un pied l’autre/un lieu l’autre/une vie l’autre/un songe l’autre/une histoire l’autre tu marches city randonneur/alsphate flâneur/bitume walker/lapin duracell parti pour la journée parti joyeux pour des courses lointaines toutes boussoles fracassées
Tu marches assoiffé glouton & grands désirs Règle numéro un : toujours de l’avant tête haute et pas reculer tu marches boiteux bancal bancroche si tu veux tu marches quand même Règle numéro 2 : équilibre/pesanteur : sinon tu tombes et là cassé pour de bon L’air de rien ou bombé avantageux/content dépend des jours du sens du vent des yeux jolies passantes
Tu marches finiras bien par arriver ici/là/ailleurs pas d’importance tu colles ensemble les petits stück gaffe pas en paumer rien à revendre essayer dessiner quelque chose pas la grande fresque rêvée pas le temps pas su faire trop dur L’épopée une autre fois les trompettes/lauriers une autre fois souviens toi tu n’es qu’un homme oh non pas de risque faux pas torgnoles luxations châtaignes pas plus que d’autres mais bien ton compte quand même
Tu marches bien occupé collectionner petits morceaux de verre dépolis couleur bleuet séché/vert céladon les galets les coquillages des souvenirs pour l’hiver souvenirs d’eaux douces très douces & des corps au tien violent frottés pour le cri la joie
Tu marches ondulations équilibres sur les arêtes du cube/perdu dans les fronces & les plis course sur le fil -pas tomber ce coup-là- tu renâcles tu butes tu bronches tu pleures oh oui tu pleures ta main tendue l’air imbécile & le nombre d’or qui ne tombe jamais juste mais tu marches vivant tu marches so what ?
(…)
Tu t’es jeté à l’eau/au feu/dans les mains du diable/la gueule du loup/la fosse aux lions/au cou d’une tant belle/sous un train/ c’est la fosse aux lions que je préfère le côté dolman rouge brandebourgs dorés roulement cymbales
Sûr que le lion se fait chier attend son petit tour hop cerceaux rêve de la gamelle bouffer le dompteur et se casser dans la savane Dans le livre c’était un type tout seul dans la fosse les lions n’en ont pas voulu miracle alléluia belles histoires
Se jeter disais-je oui comme ça n’importe où n’importe comment parce que il faut y aller arrêter de discuter y aller et c’est tout
Tu bondis comme c’était beau saut de l’ange cascadeux artistique triple salto arrière réception parfaite salut à la foule bravo pour le clown merci msieurs/dames feras encore mieux la prochaine fois sauf gaufrage violent et toi kaputt fauteuil roulant -entre nous préfèrerais pas voir ça-
Toi cabri bondissant jaillissant par-dessus les nuées parcours sans faute ricochant rebondissant la joie la joie qui te mène & bondir encore à tout perdre c’est bien toi ça tu joues/tu gagnes tu joues/tu perds tu joues funambule la beauté du geste mais ceux qui restent à te regarder transis tremblants dis-moi un peu ?
Tu t’enfuis parce que la peur/parce que l’ennui/parce qu’une autre/parce que rien plus envie ? tu as filé, détalé comme un lapin garenne pas pressé finir civet plié bagages pris tes jambes/ton cou et la poudre d’escampette par-dessus clé des champs en prime
Parti carapate ciao évanoui en brumes de lacs italiens disparu pris le large et moi qui n’ai pas su te retenir rien su rien vu
La dérobade l’échappée oh non pas si belle triste éloignement & attendre dissipation larmes matinales mais comment donc l’amour un jour se retire ?
(…)